Maison du Gouvernement   -   Կարավարական Տուն


    Qu’est-ce qui différencie l’Arménien Oriental de l’Arménien Occidental  ?
   Qu’est-ce qui différencie la langue de la Diaspora de celle de L’Arménie ?


 

 La différence est visible à la lecture des deux alphabets ci-contre et
dans le texte qui suit : 
Le tableau de l’alphabet arménien occidental est l'image exacte des 
caractères qui ont été, majoritairement, conçus par Mesrop Machtots
auxquels furent ajoutés au13ème siècle les lettres
Օ et Ֆ afin de
compléter certains sons que jusque là nous compensions sans grande
réussite par les lettres  
Ո et Փ, ou la liaison  Աւ en début des mots
ou devant les consonnes ; Պաւղոս, Աւգոստոս,  Աւրհնել sont ainsi 
devenus  Պoղոս,   Օգոստոս,   Օրհնել .  
Tous nos écrits arméniens sont basés sur l’utilisation de cet alphabet;
tant pour l’écriture des manuscrits que pour l’édition des livres après
la venue de l’imprimerie. Tout ce qui est culture, savoir, religion,
relations et œuvres littéraires de l’arménien depuis plus de mille cinq 
cents ans ne peut se lire qu’avec l’aide de ces caractères sans en
supprimer aucun.
    

 

                                                                                                               

  Mais pourtant !

 J’ai eu l’occasion, à Paris, de visiter le Salon du Livre 2009 où j’ai
 rencontré sur le Stand de l’Arménie des Editeurs Arméniens venus
 présenter leurs ouvrages…
 J'y ai vu un dictionnaire Français -Arménien / Arménien-Français
 conçu par Samuel Gasparian , édité par Areg en 2007 ; c’est un petit
 livre 12x17cm de 680 pages en tout.
 Au début de la partie Arménien–Français, de ce dictionnaire, à la
 page 366, un tableau à attiré mon  attention.
 
 Ce tableau se nomme
Հայերեն այբուբենը  ici à droite. C’est pourtant
 une liste de caractères très différente de l'alphabet arménien montré
 plus haut.                                                       
 L’on constate que la lettre encadrée dans l'alphabet d'origine ci-dessus
 a disparue dans le tableau suivant, par contre l’on y a ajouté deux
 ligatures que l’on nomme désormais caractères.
 En regardant les «nouveaux» caractères l’on voit que ce sont les deux
 ligatures qui sont dans le tableau du dessus mais composés une fois
 avec la lettre arménienne
ւ (supprimé dans cet alphabet) et dans le
 second cas composé avec la lettre
վ ce qui normalement dans ce cas
 s'écrit
եվ mais pas և car Վ minuscule  s’écrit վ  non ւ .
 De plus les ligatures ne peuvent exister en lettres majuscules (règle
 commune pour toutes les langues utilisant des ligatures simples non
modifiables dans le contexte de l’écriture ! )

L'Arménie programme l'édition de nouveaux dictionnaires plus
 importants bilingue Français – Arménien et l’inverse pour aider les
 arméniens à apprendre le français. C’est un travail utile pour élargir
l’apprentissage du français en Arménie et former dans un futur proche
une population polyglotte de traducteurs et interprètes.
Ce dictionnaire est plein de fautes de traduction, d'orthographe et de mots qui ne sont plus utilisés dans
la langue française contemporaine.
Comment peut-on proposer, en France, cet ouvrage non relu, non corrigé et avec de si grosses erreurs.
J'ai pour la seule lettre V, pages 348 à 357 (soit 9 pages) relevé 20 fautes, erreurs, mauvaise traduction ou
mot désuet. Monsieur S. Gasparian aurait dû réfléchir aux conséquences de son geste.

Ce livre n’a pût être édité qu’avec l’accord du Département Linguistique de l’Académie des Sciences d’Erevan,
mais il montre pourtant une grande ignorance de la logique linguistique arménienne ainsi qu’une grande
indifférence sur l’opinion de la Diaspora Arménienne sur ces changements orthographiques et linguistiques.
Pourtant l’Arménie est veuve de chacun de ses habitants qui optent pour l’émigration où ils réapprennent
l’écriture de base fondamentalement Mesropienne.
Pourquoi créer cette nouvelle barrière entre l’Arménie et la Diaspora. Quel en est le profit ?

La forme occidentale de mot diaspora est սփիւռք, il se lit spiurk (avec le son u propre à l’arménien) alors que
la forme orientale de ce mot est
սփյուռք, se lit spiourk, et utilise la lettre ւ, pourtant enlevée de l’alphabet,
utilise 3 lettres au lieu de 2 pour le même son (iu – iou), sans oublier la perte du son
իւ = u dont l’usage est
continu dans l’écriture arménienne. Un autre exemple le mot absent =
բացակայ  qui est devenu բացակա(յ)
alors que les déclinaisons absence ou s’absenter s’écrivent à Erevan
բացակայություն,  բացակայել.
Cette lettre supprimée revient pour permettre les déclinaisons et cela est une contrainte de plus .
Je pourrais en montrer beaucoup mais l’esprit de ma remarque est clair….

Le prétexte était, si je ne me trompe, de faire une écriture arménienne simplifiée, pour les couches populaires
illettrées qui descendaient des régions isolées, afin d’apprendre à lire et écrire plus vite !!!  voilà le résultat
d’une action mal réfléchie ! L'on ne peut donner une éducation pour les illettrés différente de celle propre aux
personnes éduquées. C'est un flagrant délit de création de classes dans une société qui devrait être égalitaire; !!!


L'on peut penser que certains linguistes de la République d’Arménie ont voulu jouer avec un jouet dont ils ne
connaissaient  pas totalement le fonctionnement et, comme tout apprenti, ils ont cassé la machine au lieu de la
réparer. Il est facile de supprimer ce qui gêne sans réfléchir aux suites de ces modifications mais combien
d’efforts à verser pour les rattraper et les corriger.

L'on constate un réel appauvrissement de la langue. De la part d’un pays qui se présente Fédérateur de tous les
arméniens et qui appelle au regroupement des arméniens de la Diaspora, cela est devenu beaucoup plus un pas
de plus vers l’incompréhension réciproque et la séparation !
Cela peut aussi être interprété comme une forme d’émancipation, dans une sorte de course vers l’avant, sans
réflexions profondes, sans prévoir quel en sera le résultat final.

Pourtant, en premier, cela va affaiblir l’éducation des jeunes générations, car désormais ils ne savent plus donc
ne peuvent plus lire directement les écrits de nos anciens, de nos poètes, narrateur, écrivains… Tout un mur de
savoir et de  connaissances sur notre passé national leur est désormais fermé car illisible, incompréhensible, ils
sont dans l’incapacité de l’étudier et l’apprendre. Cela ouvre la voie vers ce qui a longtemps été voulu par
certains Responsables de l’Arménie: la russification et l’oubli de la langue maternelle.

La question qui se pose est : n’est-ce pas cela qui est recherché ? Continuer la russification jusqu’à complète
extinction de l’arménien dans 2 ou 3 générations ?  Mais alors qui seront-ils ? Des bâtards russifiés ? Ou des
restes d’une civilisation vieille de plus de 3.500 ans qui avait jusque là vécue grâce à cette langue qui la
regroupait alors quelle était strictement orale mais porteuse de foi et de personnalité ?
Une langue est, avant tout, un esprit commun pour une relation commune, il n’est pas nécessaire d’avoir une
écriture pour être un peuple mais elle est devient indispensable pour être une nation, une culture, un savoir,
alors pourquoi renier ce que nos ancêtres ont créés au 5ième siècle et le gâcher au 20ième siècle.
Quelle écrasante responsabilité que d’avoir à justifier ces impardonnables erreurs.

L’Arménie à une fuite continue des ses classes éduquées et savantes vers la Diaspora, vers des pays où vivre
sans contraintes est possible, là où l’on peut montrer sa valeur et être récompensé par rapport à son aptitude et
non à ses relations
. Cette émigration supprime à chaque fois la couche de ceux qui deviendraient de nouveaux
dirigeants, de nouveaux patrons, de nouveaux savants dans leur pays. En perdant à chaque fois cette classe
éduquée, savante, travailleuse, l’Arménie s’appauvrit encore plus jusqu’au jour où il n’y aura plus personne
pour  enseigner et plus personne pour apprendre
. L’Arménie reviendra à l’ère des siècles passés en vivant sur
les ruines de ce beau pays, mais quelle sera la langue utilisée ? Le russe ?  L’anglais ?…
 

A qui et à quoi auront servi ces actions irréfléchies ? 
Et l’on demande aux Arméniens de la Diaspora de repeupler un pays qui perd son Arménité de jour en jour ?

Que fait-on pour que chaque paysan, chaque père de famille, travaille dur mais reçoive un salaire suffisant aux
 besoins de sa famille ?
Qu’y fait-on pour que les fruits et légumes inondent les marchés, et que tous puissent en acheter ?
Que fait-on pour construire et mettre sur le marché de petits motoculteurs, monocylindre, polyvalents, utilisé
soit à labourer, soit comme moyen de transport des récoltes pour les amener au marché ? Cela aiderait pourtant
les gens à devenir autonome ! Cela permettrait aussi de travailler les terres inaccessibles pour les tracteurs ! 
Une gestion économe et réfléchie des ressources , des terres , des produits céréaliers permettraient de réduire
les importations pour les besoins alimentaires de la population...

Pourquoi faire du business imbécile, sans profonde réflexion sur le sens à donner à ce mode d’enrichissement ?
C’est aujourd’hui la principale cause que tous les pays soient embourbés dans des dettes immenses impossibles
à rembourser. L’argent facile appauvrit le pays sans lui donner l’essor qu'il espérait obtenir.
Dans ce pays certains seront riches, très riches, mais les autres ? 

Créer une production locale, pour les besoins locaux, avec les forces de la population locale. Ne pas rêver à des
millions de dollars qui ne sont que papier sans valeurs pour la majorité de la population. 

Si l’on suivait ces quelques indications l’on aurait, en un an, un autre visage de la population, une autre forme
de convivialité et une nouvelle vie…. 


Créer avec la diaspora active un conseil d’unification de la langue arménienne et de son écriture
. Cela donnera
aux étudiants et personnes âgées la possibilité de lire les ouvrages de nos anciens savants, lettrés, poètes,
narrateurs, écrivains, historiens et fabulistes ; de lire et réapprendre les sonorités qui se sont perdues car non
enseignées depuis plus de 8 générations d’écoliers… 

Ce qui est dit dans ces lignes semble facile mais ne l’est pas du tout, car il faut mobiliser non des ouvriers
robotisés sans droit de décision, indifférents au travail qu’on leur demande de faire, mais des gens responsables
capables de prendre en mains et conduire jusqu’au bout une affaire dans laquelle ils ont un intérêt évident. 

Combien d’années perdues ?  
Combien d’années pour commencer ces quelques conseils évidents et faciles à appliquer ?  

Si l'on m'avait laissé dire à l’Attachée du Ministère des relations avec la Diaspora, Mme Héranouch Agopian,
tout ceci de vive voix, lors de son passage en France, j’aurais au moins eu la satisfaction de me dire qu’une
personne compétente m’à entendue et que peut être Elle fera bouger les choses.
Mais les têtes pensantes de l’Ambassade ne l’ont pas souhaité.

                                                                                       Septembre 2011     Jean Édouard AYVASIAN


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